Note d'intention du chorégraphe :« Dans un désir de continuité de ma démarche de création sur les écritures chorégraphiques, c’est aujourd’hui le croisement de la danse flamenca et de la danse contemporaine que j’explore. Ce sont peut-être mes racines, très fortement imprégnées par la culture andalouse qui m’ont poussé vers ce désir de me rapprocher de ce langage, celui du flamenco qui bien-sûr ne m’est pas inconnu. C’est dans cette optique, et avec la complicité de Monica Baltanas Luque, que j’ai voulu construire un travail chorégraphique autour de l’œuvre de Federico Garcia Lorca,
La casa de Bernarda Alba. Pièce qui retrace avec sensibilité la perception de l’amour inaccessible, tel un sentiment sans limites qui survit en grande partie dans le souvenir, comme dernière trace d’un sentiment fugace. Cette pièce nous parle d’une identité et d’une liberté qui se heurtent aux conventions sociales. Elle nous parle aussi d’une religion omniprésente et toute puissante qui tient sous son joug la répression des femmes dans une société rurale andalouse du début du siècle.
La casa de Bernarda Alba traduit à la perfection ces images encore profondément ancrées en moi. Cette œuvre nous permet encore une certaine distance et c’est presque avec dérision que nous pourrions la regarder. Tous les clichés d’une société conservatrice se dessinent dans ce récit, présentant du même coup tous les ingrédients d’une Espagne de la dictature politique et religieuse. En tant qu’espagnol, je veux m’approprier cette dérision et la partager avec le public. Une autre manière de dénoncer cette partie de l’Histoire. Avec des cris, des rires, créer une soupape, un moyen de s’échapper. Un autre regard.
La chorégraphie
Soledades est une suite logique de la création
Ellas (2005). Là encore ce sont des femmes. Là encore des femmes en noir, celles du silence du franquisme. Le même combat. La rébellion des unes se retrouve chez les autres. Même si la radiographie politique n’est pas tout à fait identique, c’est ici la société du matriarcat et du conservatisme qui est pointée du doigt.
Soledades est pensée pour trois danseuses flamenca donnant ainsi une nouvelle écriture, une nouvelle vision de deux mondes chorégraphiques distincts. S’inspirant très librement de l’œuvre de F.G. Lorca, cette chorégraphie nous parle de la solitude, de l’enfermement et de l’isolement de ces trois femmes dans un décor qui se module, mais ne change pas, comme des univers spécifiques et différents. Solitude et sensibilité, complicité et sensualité constituent cet univers féminin où la présence de l’homme est palpable par son absence ».
Jesús Hidalgo
À propos de...La saetaUne saeta est une chanson à caractère religieux interprété en l'honneur d'un paso lors des cérémonies de la Semaine Sainte en Espagne. À certains moments clefs de la procession, un membre du public, ou de la confrérie responsable du paso, peut entonner une saeta. Il s'agit en fait d'une ode à la Vierge, au Saint ou au Christ. Chant émotionnel à fort caractère, il est coutumier que la foule entourant le passage du paso soit totalement silencieuse lors du chant de la saeta.
El martineteD'une grande force dramatique et souvent tragique, el martinete est un chant qui vient des gitans et qui est considéré comme un des plus anciens chants flamenco. Il se caractérise par l'absence de la guitare d'accompagnement. Traditionnellement, les anciennes interprétations du martinete étaient accompagnées d'un marteau frappant une enclume ou plus simplement a capella. En revanche, son interprétation de la danse ne remonte qu'à un demi-siècle. El martinete est construit sur quatre octosyllabes et se termine généralement par un long quejío (cris).
La casa de Bernarda AlbaÉcrite en 1936 en trois actes, dénonçant la société traditionaliste espagnole,
La casa de Bernarda Alba est une critique sans concession des préjugés moraux et religieux. L’histoire se passe en Andalousie. Bernarda, veuve et mère tyrannique, impose à ses cinq filles et à ses deux servantes un deuil de huit ans. Les femmes, âgées de 20 à 39 ans, ne peuvent pas sortir. Elles désirent la liberté et l'amour qui leur sont refusés depuis tant de temps et aucune d’entre elles n’a connu d’hommes. Seule Angustia, fille d’un premier mariage est fiancée à Pepe. Mais Adéla, la plus jeune des sœurs, qui incarne la rébellion, rejoint en cachette le fiancé d’Angustia, provoquant une tragédie au sein de la maison.
La casa de Bernarda Alba fut la dernière pièce de théâtre aboutie de F.G. Lorca. Publiée neuf ans après sa mort par les nationalistes, au tout début de la Guerre Civile espagnole, elle représente une de ses pièces les plus énigmatiques. Souvent interprétée dans une lecture à caractère politique elle draine un fond beaucoup plus profond, celui de la condition humaine, essentiel chez Lorca. Cette œuvre représente la douleur quotidienne et familière jusque dans ses derniers retranchements. F.G. Lorca confronte le lecteur et le public à ses propres masques, le place face à lui-même, dérangeant le calme du spectateur. Peut-être parce qu’il souligne ce côté réaliste de l’œuvre, avec des personnages du quotidien, niant par là même toute dimension du héros, Lorca se pose déjà avec cette œuvre comme le précurseur d’un nouveau style de théâtre.
Monica Baltanas LuqueNée à Valencia, Monica Baltanas Luque s’initie à l’âge de quatre ans à la danse classique et espagnole. Elle participe à des stages avec les professeurs de la Royal Academy of Dance de Londres, du Ballet Clásico de Valencia, et de l’école du Ballet National de l’Opéra de Paris
. Pour le flamenco, elle se forme auprès de Matilde Coral, Martin Vargas, Monica Hidalgo, Manolo Marin, Alicia Marquez et de nombreux autres chorégraphes. Elle enchaîne rapidement les prestations en Espagne, en France et en Allemagne, notamment dans
Les Guerriers de la Brume de Karine Saporta. Aujourd’hui, Monica chorégraphie autour de la danse flamenca ses propres spectacles (
Reflejos, 2008 et
Encuentro, 2006). Ces deux créations ont été produites avec le soutien de l'association Archipels. La recherche de cette danseuse se situe entre tradition et modernité et porte un regard sur l’Andalousie contemporaine. Installée en Normandie, c’est au sein de la compagnie Kaena que Monica trouve l’espace et la liberté nécessaire pour développer son art.
-> Monica Baltanas LuqueKarine GonzalezKarine Gonzalez est une artiste aux multiples visages. Après 10 ans de piano, de solfège et de danse classique, elle a naturellement trouvé dans le flamenco le langage idéal car il est à la fois musique et danse et il vient aussi de ses racines, l’Espagne. Après avoir fait des études de lettres anciennes et littérature espagnole, pendant lesquelles elle écrit un mémoire de maîtrise sur le flamenco : L
e flamenco ou les mouvements du moi, elle rencontre à Paris l’acteur et danseur iranien Shahrokh Meshkin Ghalam (Théâtre du soleil) avec lequel elle danse dans des créations inspirées de la mythologie, la poésie et la mystique persane et confronte le flamenco avec la danse soufi. En 1998/99 elle danse dans
Vengo de Tony Gatlif aux côtés de Tomatito et Antonio Canales. En 2000 elle obtient la bourse Lavoisier du Ministère des affaires étrangères et se forme pendant deux ans à la célèbre école de flamenco madrilène Amor de Dios
. Antonio Reyes (professeur et danseur de flamenco) l’intègre dans sa compagnie pour le concours chorégraphique de Madrid. En 2002, elle monte son spectacle
A compas del corazon, en 2003 elle co-crée avec trois autres danseuses le spectacle S
entires, coup de cœur du Festival Off d’Avignon 2004, dans lequel elle chorégraphie un tableau iranien
Racines et Exil. En 2007, elle danse aux côtés de José Maya dans
Vertiges spectacle de Tony Gatlif. En 2008 elle crée
Azahar avec Nuria Rovira Salat, sur les racines croisées entre le flamenco et les danses orientales. Elle crée aussi son spectacle
Les Amants Divins, inspiré de l’écho de deux voix mystiques : Roumi (Perse) et Saint Jean de la Croix (Espagne).
-> Karine Gonzalez
Yana Maizel
Née à Saint Pétersbourg en Russie, Yana immigre à Toronto, où elle grandit et fait ses premières études de théâtre et danse. Elle part ensuite à Granada en Espagne où elle se consacre à l’apprentissage de la danse flamenca. Arrivée à Paris en 1997, Yana complète ses études théâtrales à l’Ecole Internationale de Théâtre Jacques Lecoq, tout en continuant à se former au flamenco (danse et percussion) par des séjours à Madrid et Séville. En 2004, Yana crée l’Association Compagnie Errances, au sein duquel elle développe ses projets artistiques ainsi que son enseignement. Aujourd’hui basée à Paris, Yana travaille en tant que comédienne, danseuse et professeure de flamenco et chorégraphe. Elle travaille et a travaillé notamment avec la Compagnie Tecem (Caroline Weiss, Amor de mi Amor), Karine Saporta (La Force de l’Ame), Osmosis Physical Dance Theater (Migrant Mother), et Eric Lacascade et Eimuntas Nekrosius (Platonov Matériau). En tant que chorégraphe et professeur, Yana a été invitée en Martinique (Sermac), au Canada (Claude Watson School for the Arts), à Lille (Peña Los Flamencos), à Metz (Théâtre Sous la Pluie), au Mans, etc. Elle tourne en ce moment avec le groupe mythique Von Magnet (électro-flamenco.) On la retrouve également durant la saison 2008/2009 dans la création d'Omar Porras, La Périchole à l’Opéra de Toulouse, de Bordeaux et de Lausanne.
-> Yana MaizelJesús Hidalogo Originaire d’Espagne, Jesús Hidalgo débute son travail de chorégraphe à Barcelone en s’associant à d’autres artistes (peintres, sculpteurs, vidéastes, etc.) pour des propositions atypiques. Il a travaillé avec des chorégraphes comme Carolyn Carlson, Ramón Oller, Karine Saporta, Michael Clark, Susan Buirge, et dans un Work-shop avec Pina Bausch. En 1991, il fonde la compagnie AlleRetour en France avec Emanuela Ciavarella. Dès lors, il se consacre à l’exploration des écritures chorégraphiques contemporaines sous des formes aussi diverses que pertinentes. Alternant créations solos et pièces pour plusieurs interprètes, il engage des recherches très particulières sur l’écriture du corps. Corps du danseur, du comédien, du musicien, tout est matière du mouvement. Alliant abstraction et narration, sa démarche s’écrit avec la précision d’une partition. Deux axes majeurs fondent son écriture : transversalité et énergie. Transversalité artistique dans le croisement des disciplines. Énergie ensuite car à l’heure d’une esthétique axée sur l’épuration extrême du mouvement, les corps qu’il met en espace transpirent, s’époumonent et se perdent pour donner au public une pulsation, un rythme, un souffle.
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